EN GUINÉE : LE 21 SEPTEMBRE 2025 PROCHAIN, LES GUINÉENS IRONT DANS LES URNES POUR SE PRONONCER SUR LA VALIDITÉ DU PROJET CONSTITUTIONNEL

Apprendre avant de savoir

Épisode spécial:Constitution, tu nous tiens !

Le 21 septembre prochain, les Guinéens iront à queue leu-leu aux urnes pour dire « oui » ou « non » au projet de Constitution proposé par les autorités de la transition. Si celle-ci est adoptée, le pays passera à la Cinquième République.

Mais au fait… C’est quoi une Constitution ? C’est quoi une Loi fondamentale ? Et pourquoi tout le monde fait comme si c’était un document sacré rédigé par des anges ayant lu Montesquieu sous perfusion de sirop de vérité ?

Pas de panique ! « Apprendre avant de savoir », qui n’est certes pas un repaire d’experts en robes noires ni en latin juridique, va quand même tenter de vous éclairer sans vous faire saigner du cerveau.

La Constitution, c’est quoi au juste ?

Imaginez que la République est une maison. La Constitution, c’est le plan de construction. Le truc qui dit où on met la cuisine (le pouvoir législatif), où se trouve la chambre des enfants turbulents (le pouvoir judiciaire), et qui a le droit d’éteindre la lumière (le pouvoir exécutif).

C’est aussi le règlement intérieur de la coloc’ qu’on appelle Nation. Elle précise qui fait quoi, qui n’a pas le droit de faire quoi, et surtout qui doit faire semblant d’obéir.

En gros, c’est un peu comme les règles du jeu. Mais attention : ici, tricher peut coûter plus cher qu’un carton rouge à la CAN.

Et la Loi fondamentale, c’est différent ?

Non. C’est juste un surnom un peu prétentieux que la Constitution se donne quand elle veut se sentir importante. Un peu comme si un coiffeur se faisait appeler « architecte capillaire », ou un planton « agent de liaison », un balayeur « technicien de surface », un gardien « expert en questions sécuritaires », comme ces diaspos qui sont venus depuis le 5 septembre 2021 avec de faux diplômes rabaisser le niveau de l’administration publique.

Donc Constitution = Loi fondamentale. C’est la même chose. Mais avouez que dire “Loi fondamentale” dans un débat télévisé, ça donne tout de suite un air sérieux, même si on ne sait pas lire l’article 1.

Pourquoi une Cinquième République ? On a déjà usé les quatre autres ?

Exactement ! En Guinée, on aime les Républiques comme certains aiment changer de tenues pour les cérémonies : une pour la Révolution, une pour le parti unique, une pour l’ouverture démocratique, une autre pour l’expérience du chaos organisé, une pour augmenter les mandats… et maintenant, une cinquième, espérons plus cousue main.

À chaque grande refondation politique, hop ! on change de République comme on change de généraux dans un régime fatigué.

Et si on vote « oui », on devient tous juristes ?

Hélas, non. Même après avoir voté « oui », il y aura encore des gens qui confondront « loi organique » et « complément alimentaire », « cour constitutionnelle » et « cours du soir ».

Mais ce n’est pas grave. L’essentiel, c’est de voter en sachant au moins ce qu’on valide. Ou ce qu’on rejette. C’est ça, l’esprit de « Apprendre avant de savoir ». Mieux vaut un citoyen curieux qu’un constitutionnaliste endormi.

Conclusion de bon sens démocratique :

Le 21 septembre, ne partez pas voter uniquement pour éviter les regards accusateurs du voisin ou pour avoir le droit de râler au marché. Prenez cinq minutes pour lire, comprendre, ou au moins poser des questions. Parce qu’après, ce sera trop tard pour dire : « Ah bon ? C’était dans la Constitution, ça ? »

Et surtout : souvenez-vous que la Constitution, ce n’est pas un texte sacré tombé du ciel. C’est votre contrat. Si vous signez sans lire, il ne faudra pas pleurer si les clauses vous grattent là où ça fait mal.

Comme d’habitude, cet éclaircissement vous est offert gratuitement, sans Simandou-dollar ni financement occulte pour lequel certains communicants se massacrent sur les réseaux sociaux, qu’ils s’appellent Kader, Jeannot ou autres stagiaires de la démagogie digitale.

« Apprendre avant de savoir » : pour que l’ignorance ne vote plus à votre place.

ABDOULAYE SANKARAN