EN GUINÉE : TRIBUNE DE CHEICK TIADIANE TRAORÉ DE LA CLARIFICATION INSTITUTIONNELLE À LA MATURITÉ DÉMOCRATIQUE: LE SECOND CHANTIER NATIONAL

Le 5 septembre 2021 restera un moment charnière de l’histoire politique guinéenne. La rectification institutionnelle conduite par le CNRD, sous l’autorité du Général Mamadi Doumbouya a ouvert une séquence de refondation qui a abouti au rétablissement de l’ordre constitutionnel et à l’avènement de la Vᵉ République.Cette première étape était nécessaire. Elle n’est pas suffisante.

Toute reconstruction institutionnelle pose une exigence logique : l’architecture politique doit être cohérente avec l’architecture constitutionnelle.

Or, une République rénovée ne peut prospérer durablement si le champ partisan demeure structuré par des pratiques informelles, des accords non contraignants ou une prolifération organisationnelle peu régulée.

La question est désormais stratégique :après la rectification institutionnelle, la Guinée aura-t-elle le courage d’engager la rectification politique ?

I. La primauté du droit : un impératif doctrinalLa Vᵉ République ne peut être un simple changement de cycle. Elle doit consacrer une doctrine : la primauté effective du droit sur les arrangements politiques.Pendant des années, la régulation informelle a parfois pris le pas sur la normativité juridique. Des compromis circonstanciels ont coexisté avec les textes, affaiblissant progressivement l’autorité de la loi.Une démocratie mature ne repose pas sur l’équilibre fluctuant des rapports de force. Elle repose sur des règles stables, prévisibles et opposables à tous.

La consolidation républicaine impose donc : • l’application rigoureuse des dispositions encadrant la création et le fonctionnement des partis politiques ;

• l’exigence de conformité administrative et financière ;

• la fin des tolérances prolongées contraires à l’esprit des textes.Il ne s’agit pas de restreindre le pluralisme.

Il s’agit de lui donner une assise institutionnelle solide.

II. L’enjeu électoral : clarifier la compétition de 2026À l’approche des prochaines échéances locales, la qualité du cadre partisan devient déterminante. Une compétition électorale crédible suppose des acteurs juridiquement établis, structurés et responsables.Un paysage caractérisé par :

• une fragmentation excessive ;

• des alliances purement circonstancielles ; • des formations administrativement fragiles ;affaiblit la lisibilité du choix démocratique et multiplie les risques de contentieux.L’élection doit être la confrontation de projets et de visions, non la juxtaposition d’entités administratives précaires.

La normalisation politique constitue donc un préalable à la stabilité locale et nationale. Elle est la condition d’une compétition équitable et d’une légitimité incontestable des futurs élus.

III. La leçon comparative : la stabilisation passe par la discipline partisane

L’expérience des transitions africaines est éclairante. Partout où la réforme constitutionnelle n’a pas été accompagnée d’une rationalisation du système partisan, l’instabilité a perduré.Les trajectoires les plus solides ont reposé sur trois principes structurants :

1. Des critères exigeants d’implantation réelle des partis.

2. Un encadrement strict du financement politique.

3. Une application uniforme et non sélective des règles.La Guinée se trouve aujourd’hui à ce carrefour historique. La séquence ouverte en 2021 lui offre l’opportunité d’achever son œuvre de refondation.

IV. Le second chantier nationalAprès la rectification des institutions vient le temps de la maturation démocratique.

La Vᵉ République ne se consolidera pas uniquement par la stabilité constitutionnelle. Elle se consolidera par la discipline juridique du champ politique. La crédibilité du pluralisme repose sur des partis structurés, transparents et pleinement conformes aux lois de la République.

La République ne se négocie pas ; elle s’organise.

La rectification institutionnelle a ouvert la voie.

La rectification politique en déterminera la solidité et la durée.

La Guinée dispose aujourd’hui d’une occasion rare : transformer une transition en fondation durable. Cela exige cohérence, courage et constance.

C’est à cette condition que la Vᵉ République atteindra sa pleine maturité.

La réussite de Simandou 2040 exige un environnement politique stable, crédible et juridiquement sécurisé.

C’est pourquoi le Président Mamadi Doumbouya est appelé à faire de la rectification de l’architecture politique fondée sur le respect strict des textes encadrant les partis, un levier stratégique de la transformation économique nationale.

La discipline politique doit devenir le socle institutionnel du succès de la Vᵉ République.Que Dieu protège la Guinée et bénisse les Guinéens.

Honorable Cheick Tidiane Traoré Président Esprit GMD