EN GUINÉE : QUE VIVENT LES DOCTRINES : DU PDG AU PUP, L’HÉRITAGE POLITIQUE AU-DELÀ DES PARTIS POLITIQUES

L’histoire politique nous enseigne une vérité simple : les partis passent, les doctrines demeurent. La disparition ou la dissolution d’une organisation politique ne signifie jamais l’effacement de l’idée qui l’a portée. Les formations politiques sont des instruments historiques ; les doctrines, elles, appartiennent à la longue durée.

La Guinée se trouve aujourd’hui à un moment charnière de son évolution institutionnelle. Après plus de trois décennies de multipartisme intégral, marqué par une prolifération de partis souvent construits autour de personnalités plutôt que d’idéologies, la recomposition en cours du paysage politique invite à une réflexion plus profonde : qu’allons-nous faire de l’héritage doctrinal de notre histoire politique ?

Car deux grandes traditions politiques ont profondément marqué la construction de l’État guinéen.

La première est celle portée par Ahmed Sékou Touré, à travers le Parti démocratique de Guinée (PDG). Cette doctrine, que l’on peut qualifier de sékoutouréisme, reposait sur plusieurs piliers structurants : la souveraineté nationale, l’affirmation de la dignité africaine, le panafricanisme militant et la primauté de l’État dans la construction économique et sociale. Dans le contexte de la décolonisation et de la guerre froide, cette orientation visait avant tout à protéger l’indépendance politique et économique d’un jeune État face aux influences extérieures.

Que l’on adhère ou non à toutes les modalités de sa mise en œuvre historique, une chose demeure incontestable : le sékoutouréisme a façonné la conscience nationale guinéenne. Il a inscrit dans la mémoire collective la notion de souveraineté intransigeante et la conviction que la Guinée devait tracer son propre chemin.

La seconde grande tradition politique s’est construite sous l’autorité du général Lansana Conté, dont l’action politique s’est structurée autour du Parti de l’unité et du progrès (PUP). Ce que l’on pourrait appeler le contéisme s’est inscrit dans un contexte différent : celui de l’après-parti unique, de l’ouverture démocratique et de la nécessité de stabiliser un pays confronté aux turbulences régionales des années 1990.

Le contéisme reposait davantage sur un pragmatisme politique, la recherche d’un équilibre entre les forces sociales et politiques, et la préservation de la stabilité de l’État dans un environnement sous-régional souvent instable. Dans une Afrique de l’Ouest secouée par des guerres civiles, la Guinée a été, durant de longues années, un espace de stabilité relative.

Ces deux doctrines : sékoutouréisme et contéisme appartiennent désormais au patrimoine politique de la nation.

Elles ne doivent ni être caricaturées ni être enfermées dans les querelles partisanes du passé. Elles doivent être étudiées, analysées et transmises comme des courants de pensée politique qui ont contribué à façonner la Guinée moderne.

Dans les grandes démocraties, les doctrines politiques survivent à leurs partis fondateurs. Le gaullisme, par exemple, a continué d’influencer la vie politique française longtemps après la disparition du Rassemblement pour la République (RPR) fondé par Jacques Chirac, lui-même héritier de la pensée de Charles de Gaulle.

La Guinée gagnerait à s’inscrire dans cette logique de maturité politique : transformer ses héritages en doctrines vivantes plutôt qu’en nostalgies partisanes.

Cela suppose plusieurs évolutions.

D’abord, encourager la recherche universitaire et historique sur les grandes périodes politiques du pays afin de dépasser les jugements passionnels. Ensuite, favoriser l’émergence de centres de réflexion et d’instituts politiques capables de formaliser ces héritages doctrinaux.

Enfin, permettre à la nouvelle génération politique de s’approprier ces traditions pour les adapter aux défis contemporains : gouvernance moderne, développement économique, intégration africaine et transformation sociale.

Car l’enjeu n’est pas de restaurer les partis d’hier.

L’enjeu est de préserver les idées qui ont structuré la nation.

Le PDG et le PUP appartiennent à l’histoire organisationnelle de la Guinée. Mais les visions politiques qui les animaient peuvent encore nourrir la réflexion nationale, à condition d’être revisitées avec lucidité et esprit critique.

Une nation politiquement mûre ne renie pas son passé ; elle le transforme en capital intellectuel pour construire l’avenir.

Et c’est précisément dans cet esprit que s’inscrit la philosophie de Génération pour la Modernité et le Développement (GMD) :
s’inspirer du passé pour bâtir l’avenir.

Que Dieu protège la Guinée et bénisse les Guinéens.

Honorable Cheick Tidiane Traoré
Président Esprit GMD