EN AFRIQUE :AUTOUR DES CRITIQUES SUR AHMED SÉKOU TOURÉ : ÉCLAIRAGE SUR MA POSTURE D’HISTORIENNE

🪾🛖 NATOU P. SAKOMBI

Depuis ma publication consacrée à Sékou Touré, père de l’indépendance guinéenne, réalisée dans le cadre d’une série d’études sur les pères des indépendances africaines, je reçois de nombreux messages et commentaires critiques, parfois même injurieux.

En effet, certains estiment que mon analyse manquerait d’objectivité si elle n’évoque pas également certains aspects controversés de son pouvoir, notamment la question du camp Boiro.

Je souhaitais donc apporter une clarification, afin d’expliquer à la fois ma démarche et la posture qui est la mienne en tant qu’historienne, à savoir, celle qui consiste à informer, transmettre et éclairer le plus grand nombre sur certaines pages de notre histoire, avec le souci constant de rigueur et d’objectivité.

Il me semble important de rappeler, au préalable, qu’au-delà de sa vocation didactique, ma page se veut un espace de réflexion et de dialogue où différentes perspectives peuvent s’exprimer, dans le souci de mieux comprendre notre histoire plutôt que de la réduire à des lectures simplifiées.

Je remercie ces personnes mécontentes pour leur réaction et pour la franchise de leur propos. Je comprend leur colère, car les questions historiques, surtout lorsqu’elles touchent à des périodes douloureuses, parfois même personnelles, suscitent naturellement des lectures différentes et parfois très opposées.

Sachez que mon intention n’est ni d’effacer la souffrance des victimes ni de nier les pages sombres qui ont marqué l’histoire de la Guinée. Elles existent, elles sont documentées et méritent d’être étudiées avec sérieux et respect pour la mémoire de ceux qui en ont souffert.

Cependant, l’histoire des grandes figures politiques est souvent complexe, et l’aborder en tant qu’historienne me place parfois dans des positions délicates.

Sur la question d’Ahmed Sékou Touré, les chercheurs distinguent généralement deux dimensions :

👉🏾 d’une part son rôle historique joué dans la rupture coloniale de 1958, un moment majeur dans l’histoire africaine, et

👉🏾 d’autre part les critiques, parfois très sévères, portant sur la gouvernance de la Guinée durant les décennies qui ont suivi.

Ces deux réalités font d’ailleurs aujourd’hui l’objet de nombreux travaux d’historiens.

Je ne nie pas que l’histoire d’un dirigeant ou d’un régime ne saurait être réduite à une seule dimension. Et des questions comme celles du Camp Boiro ou des aspects les plus controversés du régime de Sékou Touré font effectivement partie des débats historiographiques sur la période.

Toutefois, il convient de comprendre la démarche dans laquelle s’inscrit le texte que j’ai partagé : il entre dans une série consacrée aux pères des indépendances africaines, et avait pour objectif principal de mettre en lumière la trajectoire intellectuelle et politique de Ahmed Sékou Touré dans le contexte des luttes anticoloniales et du panafricanisme. Je me devais d’être objective, et surtout faire preuve d’honnêteté intellectuelle, en me limitant uniquement à cet aspect.

Et j’adopterai la même démarche pour les autres figures que je compte présenter dans cette série.

J’étais évidemment consciente qu’en présentant les faits de cette manière, cela susciterait des réactions épidermiques. Mais, le débat, lorsqu’il reste respectueux et argumenté, est justement ce qui permet d’approcher au plus près la vérité historique.
Sachez que je m’enrichis également de vos réactions, qui constituent souvent une véritable source de réflexion, et parfois même de documentation. Oui, moi aussi j’apprends beaucoup grâce à vous.

Et les échanges critiques, lorsqu’ils restent dans un esprit de respect mutuel, enrichissent la réflexion collective.

Je précise que je reviendrai prochainement avec une étude consacrée aux échecs des indépendances africaines, dans laquelle ces aspects critiques seront naturellement analysés.

Merci de votre compréhension et excellente journée.

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Natou Pedro Sakombi 🪶