EN GUINÉE: LA RÉVOLUTION GUINEENNE OU LE PARI AUDACIEUX DE LA CONSTRUCTION D’UNE NATION AU DELÀ DE L’ETHNIE ET DU TRIBALISME ! !

TRIBUNE : Par Khalil Djafounouka Kaba

À l’heure où certains s’évertuent à relire l’histoire de la Guinée à travers le prisme réducteur des divisions, il est impératif de rappeler une vérité fondamentale : la construction de la nation guinéenne ne s’est pas faite par hasard. Elle est le fruit d’une vision, d’un combat et d’une volonté politique assumée.
Sous la conduite de Ahmed Sékou Touré, la Révolution a posé les bases d’un projet inédit en Afrique de l’Ouest : bâtir une nation affranchie des enfermements ethniques et régionaux.
Contrairement aux pratiques qui consistent à enfermer les individus dans leurs origines, la Révolution a fait un choix audacieux et révolutionnaire notamment celui de la mobilité administrative et politique. Un Soussou pouvait servir en Haute-Guinée, un Malinké en Basse-Côte, un Peul en région forestière. Ce n’était pas un hasard. Ce n’était pas une improvisation. C’était une doctrine.
Une doctrine fondée sur une conviction simple mais puissante : la Guinée appartient à tous les Guinéens.
En brisant les logiques d’enracinement régional, le PDG refusait la tribalisation de l’État. Il combattait l’idée selon laquelle un territoire appartiendrait à une communauté donnée. Il affirmait, avec force, que chaque citoyen devait pouvoir vivre, travailler et servir partout sur le territoire national sans être réduit à son identité ethnique.
Cette politique n’était pas seulement administrative. Elle était profondément politique et symbolique. Elle visait à forger une conscience nationale, à créer un sentiment d’appartenance commun, à faire naître le Guinéen avant le Soussou, le Peul, le Malinké ou le Forestier.
Ceux qui, aujourd’hui, minimisent ou déforment cette réalité oublient une chose essentielle : rares sont les États africains qui ont poussé aussi loin la volonté de dépassement des clivages identitaires. La Révolution n’a pas simplement proclamé l’unité nationale, il a tenté de l’organiser, de la structurer, de l’imposer même, face aux forces centrifuges.
Bien sûr, aucune politique n’est parfaite. Mais faut-il, pour autant, nier l’élan historique qu’elle portait ? Faut-il effacer cette ambition de construire une nation forte, indivisible et solidaire ?

À l’heure où les fractures identitaires resurgissent dans le débat public, il est plus que jamais nécessaire de revisiter cet héritage avec honnêteté. Non pas pour idéaliser le passé, mais pour comprendre qu’il existait, à un moment donné, une volonté ferme de faire de la Guinée un espace commun, au-delà des appartenances.
La Révolution a fait ce choix. Un choix courageux. Un choix structurant. Un choix profondément national.
Et peut-être est-il temps, aujourd’hui, d’en tirer les leçons.

Par Khalil Djafounouka Kaba