Ismaël Condé Professeur à la Retraite
Sous ce titre, nous voulons dénoncer la manœuvre néocolonialiste qui définit le parti unique comme l’arme politique de la dictature ou de l’autocratie ou encore du despotisme.
Il faut commencer par rappeler que le coup d’État militaire du 3 Avril 1984, en obéissant à la logique de tous les coups d’Etat militaires qui renversent un régime révolutionnaire, a organisé contre le régime du PDG une vaste et profonde campagne de dénigrement, de diffamation, de déformation, en un mot de calomnie.
Naturellement cette campagne a porté plus singulièrement sur le PDG-RDA.
Ici s’impose un petit rappel historique.
Le sigle PDG-RDA, au moment du coup d’Etat s’interpretait comme :
Parti Démocratique de Guinée de la Révolution Démocratique Africaine.
Cette interprétation remonte aux premiers jours de la proclamation de l’indépendance guinéenne.
En effet, jusqu’au 28 Septembre 1958, le PDG, parce que section territoriale du mouvement politique créé en Octobre 1946 à Bamako sous le nom de Rassemblement Démocratique Africain RDA, le PDG, disons-nous, demeurait cette section territoriale guinéenne du RDA pour être appelé PDG-RDA à l’image par exemple du PDCI-RDA section territoriale ivoirienne du RDA et de l’US-RDA section territoriale soudanaise du RDA. C’est l’actuel Mali qui s’appelait Soudan français.
Exactement, cinq 5 jours après la proclamation de l’indépendance guinéenne, soit le 7 Octobre 1958, Mr Houphouet Boigny président du RDA a convoqué à Paris une réunion du Comité Directeur du mouvement, cette réunion décida de punir la section territoriale guinéenne pour n’avoir pas respecté la consigne donnée par Houphouet Boigny de voter le OUI au fameux référendum du 28 Septembre 1958. La punition a été l’exclusion du PDG du RDA. C’est par rapport à cette exclusion que le sigle RDA sera définit par le PDG comme Révolution Démocratique Africaine pour devenir du coup, Parti Démocratique de Guinée de la Révolution Démocratique Africaine PDG-RDA et au 3 Avril 1984 il demeurait encore ce parti de la Révolution Démocratique Africaine comme affirmé plus haut.
On se rappelle que c’est dans les années 80 que le néocolonialisme français, dans le but d’accompagner et d’appuyer les programmes d’ajustement structurel s’est ouvertement attaqué au monopatisme.
Il faut dire que jusque-là il s’était adapté à ce système qui était dominant dans toutes ses anciennes colonies.
Dans les difficultés socio-économiques qu’il vivait dans les années 80, le néocolonialisme français a davantage ressenti le besoin d’approfondir sa domination. Il devait ainsi faire, plus encore, recours à son principe « Diviser pour mieux régner ». C’est là la raison profonde du dictact du multipartisme aux anciennes colonies. Ce dictact naturellement imposait le dénigrement et la condamnation du monopartisme ou du parti unique.
On doit donc retenir que ce fait a été uniquement une action du néocolonialisme. Le dénigrement et la condamnation du parti unique ne sont pas venus des populations africaines elles-mêmes. Ce qui peut faire douter de cette vérité est que dans la réalité ce sont les africains marionnettes du néocolonialisme qui ont repandu et fait
ancrer le multipartisme sous le prétexte de mettre en place la démocratie.
Cependantplus de 30 ans après sa réinstauration ou son retour, le multipartisme s’est bien révélé dans sa nature de facteur de division des peuples. Il est indéniable que partout il a suscité ou développé la haine et l’ethnocentrisme faisant ainsi de ses élections des moments de grande violence par des incendies volontaires, des pillages et même des tueries.
En envenant à notre sujet proprement dit, il faut commencer par un deuxième petit rappel historique que voici.
Avant la Deuxième Guerre mondiale, l’ensemble des colonies de la France formaient ce que la France appelait son Empire colonial. Dans l’Empire colonial, le colonisé avait le statut de l’indigene.
Ce statut a été défini par la France elle-même. Il faisait du colonisé un homme taillable et corvéable à merci. On a pu dire que l’indignenat était l’esclavage subi, non pas en Amérique, mais sur place en Afrique même. Les <> rappellent cette période.
Après cette Deuxième guerre mondiale, compte tenu de l’apport des colonies à la libération de la France de la domination nazie ou allemmande, l’Etat français de l’époque adoucit les conditions du colonisé.
L’ensemble des colonies cesse de prendre le nom d’Empire colonial pour prendre celui de l’Union Française.
Dans l’Union Française, le colonisé n’a plus le statut de l’indigène, il prend celui du citoyen. Mais il n’est pas un citoyen égal au citoyen de la Métropole ou de la France elle-même, il est un citoyen de seconde zone.
Avec ce nouveau statut les colonies sont autorisées à former des syndicats et des partis politiques comme cela existait en France à partir de sa Révolution qui en a fait une République.
C’est dans ce cadre qu’en Octobre 1946, certains des colonisés africains lettrés se sont retrouvés à Bamako pour fonder le Rassemblement Démocratique Africain qui s’est ramifié dans toutes les colonies françaises aussi bien celles de l’Afrique Occidentale que celles de l’Afrique Équatoriale. Parallèlement à ces ramifications du RDA, il y’a eu d’autres partis politiques.
C’est ainsi qu’en Guinée, au moment du référendum du 28 Septembre 1958, il y’avait en plus du PDG-RDA, le Bloc Africain de Guinée BAG et la Démocratie Socialiste de Guinée DSG.
Il faut dire que ces deux derniers partis s’étaient unis, un an auparavant, dans un ensemble panafricain appelé PRA (Parti du Regroupement Africain).
Il convient de rappeler ici que déjà en 1957, le PDG-RDA, par les élections générales de cette année et de l’année précédente, était devenu le parti dominant avec la situation suivante :
1_ Le gouvernement de la semi-autonomie issu de la Loi Cadre Gaston Deffere de 1956,
11 ministres sur 11, sans oublier que le vice-président de ce conseil de gouvernement de la semi-autonomie était du PDG-RDA. Le président de ce conseil étant le gouverneur colonial.
2_ Au Grand Conseil de l’AOF (Afrique Occidentale Française) à Dakar, 5 grands conseillers sur 5.
3_ À l’Assemblée Territoriale, 57 conseillers sur 60.
4_ À l’Assemblée Nationale Française, deux députés sur 3.
5_ Communes de Plein Exercice 5 Maires sur 5.
Communes de Moyen Exercice 7 Maires sur 9.
6_ Conseillers Communaux 494 sur 526.
7_ Conseillers Ruraux ou Conseillers de village 39.902 sur 40.000.
Il faut souligner, particulièrement, à l’attention de la jeunesse, que cette position de domination du pays presque totale par le PDG-RDA est arrivée en période coloniale et par des élections organisées par l’administration coloniale elle-même.
Toujours à l’attention particulière de la jeunesse, il faut aussi souligner que le PDG a pu réussir cette conquête par la lutte ouverte et courageuse contre le régime colonial dans les réalités mêmes de ce régime au prix de lourds sacrifices.
C’est pour dire que lorsqu’arrivait le référendum du 28 Septembre 1958, la Guinée était prête à devenir indépendante, la lutte du PDG-RDA ayant été menée sur l’idéal de la liberté.
Un fait très important est à rappeler et à souligner ici, ce fait est le ralliement du BAG et de la DSG au PDG-RDA dans sa décision face au référendum du 28 Septembre 1958 de faire voter le NON.
En effet, à peine deux semaines après le passage à Conakry du général
De Gaulle le 25 Août 1958, les leaders de ces partis ont signifié au PDG que par patriotisme ils ne pouvaient pas s’opposer à l’indépendance de leur Pays, c’est sur cette base que le 14 Septembre 1958, un accord a été signé entre eux et le PDG.
Cet accord sera rigoureusement respecté.
Sans exagération, on peut dire que cet accord a été salutaire car le colonialisme était prêt à exploiter la moindre faille au sein de la population guinéenne
pour compromettre le triomphe qui a permis la proclamation de l’indépendance le 2 Octobre 1958.
Aujourd’hui, plus que jamais, tous les Guinéens doivent retenir que contrairement aux allégations officielles des auteurs et des soutiens du coup d’Etat militaire du 3 Avril 1984, aucune décision du PDG-RDA ni aucun arrêté ou décret de son gouvernement n’ont supprimé les partis politiques pour s’auto proclammer, du coup, Parti unique.
La vérité, à ce sujet, est qu’après leur ralliement au PDG-RDA pour faire voter le NON au référendum, ni le BAG, ni la DSG n’ont pensé se détacher de l’ensemble politique qui a permis l’accession de la Guinée à l’indépendance Nationale.
Par ailleurs, eu égard au sentiment patriotique qui a été à la base du ralliement ou de la coalition, cette séparation était sans objet. En effet, l’indépendance avait ouvert un nouveau champ politique : celui de la construction et du renforcement de l’unité nationale.
Volontairement et toujours par patriotisme, les cadres du BAG et de la DSG ont accepté des postes dans l’administration du pays.
Au total ou en conclusion, on ne peut voir le Parti unique tel qu’il a été présenté par le néocolonialisme que comme une idée de tromperie et de division.
En vérité le Parti unique, selon nous, est le seul moyen politique d’unir fortement les peuples.
C’est en tant que parti unique que le PDG, pendant les 26 années de son exercice du pouvoir d’Etat, a pu vaillamment résister à toutes les tentatives de renversement de son régime révolutionnaire par le colonialisme revanchard après la libération de la Guinée.
Du reste l’histoire enseigne que la forte unité nationale est la condition indispensable du développement économique et, de façon générale, de l’épanouissement et de la grandeur des peuples.
N’est-ce pas cette évidence qu’illustrent plus particulièrement des nations comme la République Populaire de Chine ou la République socialiste de Cuba pour ne citer que ces pays.
Dans cet ordre d’idées le Président Ahmed Sékou Touré se confirme comme un grand visionnaire.
En effet, dans les années 70 déjà il enseignait :
Citation
<> fin de citation (RDA N°159, pages 74-75).
Le Président de la République Française, Jacques Chirac, à l’époque maire de Paris, soutient cette réflexion du Président Ahmed Sékou Touré, dans le journal « Jeune Afrique » (N°1649-1650 du 23 Août 1992) en disant :
Citation <<Ce n’est pas en copiant les Occidentaux que les Africains resoudront leurs problèmes notamment d’unité nationale.
fin de citation.
A été de ce même avis le Président du Kenya à l’époque Arap Moy quand il a soutenu dans le journal français « Paris Match » (N°2413 du 24 Avril 1994) : citation <> fin de citation.
Pour notre dernier mot de cette conclusion, nous disons que nous sommes parfaitement d’accord avec le Président Arap Moy dans sa réflexion. Cette réflexion, à notre avis, invite les Africains à s’affranchir de l’aliénation culturelle pour se prendre en charge dans tous les domaines, pour rester eux mêmes, singulièrement, dans la définition de la forme de leur société.
Partout dans les pays occidentaux la forme de la société a été déduite de leurs traditions, de leurs mœurs, de leur évolution historique, en un mot, de leur culture, une culture spécifique, une culture qui leur est propre.
Ismaël Condé.
Professeur à la retraite.
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Conakry, le 15 Janvier 2026.