TEXTE DE Khalil Djafounouka
CONDENSÉ DU PEUPLEMENT DE LA HAUTE-GUINÉE : MIGRATION DES MALINKÉS ET DES MANINKA-MORIS
- Les Malinkés
Selon Djibril Tamsir Niane (1960), toutes les traditions malinké s’accordent sur un point essentiel : les terres du Manding étaient déjà occupées avant l’arrivée des populations mandingues. Les premiers occupants n’étaient donc pas de souche manding.
Parmi ces populations anciennes, les Korogba auraient précédé les Malinké en Haute-Guinée. D’autres groupes, comme les Bambara et les Dialonké, auraient également occupé ces territoires avant d’être repoussés respectivement vers le nord et vers l’ouest sous le règne de Soundiata Keïta.
À l’origine de la fondation de l’Empire du Mali, Soundiata Keïta réussit un exploit politique majeur : l’unification des différentes tribus malinké (Keïta, Kondé, Traoré, Kourouma, Camara). Il fédère ainsi plusieurs royaumes pour affronter et vaincre Soumangourou Kanté, marquant la chute de l’Empire Sosso.
À la suite de cette victoire, l’Empire du Mali s’étend sur une grande partie de l’Afrique de l’Ouest. L’une des expansions les plus marquantes conduit à la formation de l’État du Gabou, dans la région du Sine (actuel Sénégal), où les Malinké se métissent avec les populations locales, notamment les Diola, comme le souligne Sékéné Mody Cissoko (1981).
Entre les 15ᵉ et 16ᵉ siècles, la chute progressive de l’Empire du Mali entraîne une intensification des migrations malinké. Ces populations s’installent alors dans le nord de l’actuelle Côte d’Ivoire et dans le sud de la Guinée, notamment en Guinée forestière. Dans ces zones, des métissages donnent naissance à de nouveaux groupes :
Avec les Kpèlè → les Konianké
Avec les Loma → les Toma-mania.
- Les Maninka-Moris
Les Maninka-Mory, associés aujourd’hui à des patronymes comme Kaba seraient issus des Sarakollé, originaires de la région de l’ancien Empire du Ghana.
Suite au déclin de cet empire, causé à la fois par l’avancée du désert et les attaques des Almoravides, ces populations se dispersent à travers l’Afrique de l’Ouest.
Selon les traditions de Kankan, ces groupes seraient passés par le Diafounou (actuel Mali) avant d’arriver dans la région de Kankan vers le 17ᵉ siècle. Accueillis par les Malinké, notamment les Kondé, ils s’installent progressivement et fondent une province appelée le Baté, le long du fleuve Milo.
Le Baté comprend plusieurs localités importantes, dont Kankan, Karfamoudouya, Nafadji, Bakonko
Fodécariah.
Ces migrants adoptent la langue malinké mais introduisent un élément déterminant : l’islam. C’est cette spécificité religieuse qui leur vaut le nom de Maninka-Mory, c’est-à-dire “marabouts des Malinké”.
À la fin du 18ᵉ siècle, des tensions avec Brema Kondé entraînent de nouvelles migrations. Certains groupes (Touré, Yansané, Fofana) quittent Kankan et traversent le Fouta-Djalon pour s’installer plus à l’ouest, notamment dans les régions actuelles de Kindia et Forécariah. Ils y seront connus sous le nom de Moryanais.
D’autres groupes s’établissent entre Bissikirima et Dabola, tandis que les lignages les plus importants (Kaba, Sanoh, Diané, Cissé) restent majoritairement dans le Baté.
Le peuplement de la Guinée apparaît ainsi comme le résultat d’un long processus de migrations, de conquêtes et de métissages. Les Malinké ont joué un rôle structurant dans l’organisation politique et territoriale, tandis que les Maninka-Mory ont contribué à la diffusion de l’islam et à la transformation culturelle du Manding.
Ces dynamiques illustrent une réalité fondamentale de l’histoire ouest-africaine : les identités ne sont pas figées, mais construites au fil des échanges, des conflits et des alliances.
Sélection Khalil Djafounouka Kaba