La fatale crise de l’exil
La presse Guinéenne traverse une série noire depuis le début de l’année. Après Albassirou Diallo Bechir, Abdoulaye Sankara Abou Maco, Amirou Barry, Souleymane Diallo, Rachid Ndiaye a tiré sa révérence, ce lundi 03 juin 2026 à Paris. Au début des années 1990, l’effervescence démocratique secoue l’Afrique dont la Guinée où le Président Lansana Conté, dans son adresse du 02 octobre 1989 à l’occasion du 31ème anniversaire de l’indépendance nationale, promet le bipartisme. Parallèlement, des voix et des plumes soutenant cette nouvelle dynamique se font remarquer sur les radios et journaux internationaux. Parmi elles, Rachid Ndiaye, un natif de Boke.
Si, en ces années 90 notamment à partir de 1992 avec la légalisation des partis politiques et l’autorisation des entreprises privées de presse, des noms comme Souleymane Diallo qui nous a quitté lundi 1er juin 2026, Ousmane Tity Faye, feu Sankarella Diallo, feu William Sassine, feu Biram Sacko, feu Aboubacar Condé, Moussa Cisse, feu Assan Abraham Keita, feu Hassan Diallo, feu Mamadou Saliou Diallo, feu Thiernodjo Diallo Bebel, feu Albassirou Diallo, feu Prosper Doré, feu Sékou Amadou Condé, Abdoulaye Top Sylla, Thierno Sadou Bah, Thierno Saïdou Diakite, Mamadou Aliou Barry, Daouda Tamsir Niane, Tibou Kamara, Sanou Kerfalla Cisse, feu Abdoulaye Sankara, Aboubacar Sakho, Ibrahima Sory Diallo et d’autres donnent échos aux activités des formations politiques et leaders naissants, le natif de Boke, depuis la capitale française, se fait lire dans les colonnes d’Africa International de la Franc- Camerounaise, Marie Roger Biloa et se faire avec d’autres Guinéens ( Nabbie Ibrahim Baby Soumah, Aboubacar Fofana etc.) entendre dans des émissions politiques de RFI, France 24.
Solide dans l’argumentaire, il n’est pas tendre avec le régime du Général Lansana Conté. Cependant, son habileté et son professionnalisme cachent mal sa proximité avec le leader du RPG, Alpha Condé. En choisissant de se mettre au service de la cause politique du futur Président, Rachid Ndiaye se condamne à l’exil.
Au retour d’un long voyage d’études au Japon en 2005 et la couverture de la présidentielle Américaine du mois de novembre de l’année précédente, je marque une escale amicale chez mon ami, Abass Pablo Bangoura Di Dönkhè à Bruxelles et une visite familiale chez mon frère Aboubacar Sacko à Bergen Op Zoom, avant de poser mes valises chez Ibrahima Kapi Camara à Paris Couronne. À la faveur d’une des virées nocturnes qui agrementaient mon séjour, le gentleman Parisien marque un arrêt à Père Lachaise chez son « Ndékhö » que je voyais pour la première fois. Après les présentations, j’essaie de prendre les nouvelles de l’historique opposant auprès de Rachid Ndiaye. Sans attendre ni me répondre, il s’empare, avec un lumineux enthousiasme, de son fixe et compose :
- Allo, bonsoir Président. Sous forme de plaisanterie joyeuse, il enchaîne, » je suis avec un Condé, je ne sais pas entre vous qui est le bon » avant de me tendre le combiné
- Bonsoir Monsieur le Président
- C’est qui ?, demande Alpha Condé
- Abdoulaye Condé
- Pourquoi tu m’appelles
- C’est Rachid qui vous a appelé, pas moi
- Tu m’attaques, tu parles de l’or de Fatou, bonne arrivée. Tu vas bien ?
- Merci Monsieur le Président, ça va DIEU MERCI
- Passes moi Rachid. Fin
Notre hôte qui ignorait la nature de mes rapports avec le leader du RPG et qui semblait trembloter en suivant impuissant cet échange surréaliste auquel il s’attendait point, a dû se faire sermonner par Alpha Condé avant de raccrocher.
Le fondateur de Kibarou.com, qui croyait rêver, a simplement donné « au revoir » et nous avons quitté Rachid Ndiaye avec l’espoir que cette situation ne l’affectera pas davantage.
Effectivement, malgré son militantisme et la peur que suscite chez ses proches l’ancien Président de la FEANF, nous avons, Rachid et moi, gardé le contact. Quand, il a voulu lancer le Magazine « MATALANA », en 2006, il m’invite à Dakar et me propose d’en être le représentant en Afrique de l’ouest. Cette collaboration a été une entreprise particulièrement fructueuse. De 2006 à 2010, année de son retour en Guinée, nous nous rencontrions chaque mois à Dakar ou à Paris pour faire le point de la situation rédactionnelle et financière du Magazine. La très élevée fréquence de nos rencontres dans la capitale Sénégalaise avait fait de nous des privilégiés du « Café de Rome » où nous descendions. Le 22 décembre 2008, jour du décès du Président Lansana Conté, nous avons passé toute la journée ensemble dans cet établissement hôtelier avant mon retour dans la nuit tardive à Conakry et voir le Président de l’assemblée nationale, Aboubacar Somparé annoncer la triste nouvelle sur le petit écran.
En 2009, il propose, à travers moi, un Livre sur le Président Moussa Dadis Camara que ce dernier accepte en l’invitant à Conakry. Mais, la junte ne rassure pas Rachid Ndiaye, il ne viendra pas.
À la faveur d’une série de conférences, de table ronde notamment celle initiée par les anciens ambassadeurs Français en Guinée sous la houlette d’Andrée Lewin au Quais Branly, le Président Moussa Dadis Camara me dépêche à Paris. En marge de ces événements, je présente le ministre Kiridi Bangoura à Rachid Ndiaye qui loue les qualités de l’ancien ministre du Général Lansana Conté contrariant son ami, Nabbie Ibrahim Baby Soumah dubitatif.
En 2010, quand l’ancien ministre de l’administration du territoire et de la décentralisation décide de rejoindre Alpha Condé dans le lot des potentiels présidentiables, c’est à Rachid Ndiaye que je transmets l’offre avec le numéro portable de Naby Youssouf Kiridi Bangoura.
La proposition enchante Alpha Condé. Depuis Paris, le futur Président de la République, en compagnie d’un de ses futurs ministres de la Communication, appelle son futur ministre secrétaire général et lui propose d’être le directeur adjoint de sa campagne, ayant déjà porté son choix sur Mme Makalé Traoré comme Directrice.
À son retour, le candidat du RPG prend les actes dans ce sens.
Rachid Ndiaye rentre également au pays, après des décennies d’exil, et participe également à la campagne victorieuse. Mais, la Guinée est un terrain inconnu pour l’ancien réfugié, les premiers jours et mois de retour, après un si long éloignement, ne sont pas faciles pour lui. Rachid bénéficie de la bienveillance de certains amis et frères tels son ami Yaya Kabassan Keïta, les anciens ministres Boubacar Sow Sow, Mamoudou Condé ou l’ancien vice-gouverneur de la BCRG, Aboubacar Kagbè Touré, la PDG Allo Guinée, Mme Chantal Colle, l’entrepreneur et homme d’affaires Moussa Sow ou Djoulde Tane Diallo, les directeurs généraux du Port Autonome, Baby kabassa, Mamadouba Sankhon, le PDG de Guinée Games, Mamadou Antonio Souaré.
Élément de premier cercle, en ces premiers lendemains de la victoire du Président Alpha Condé, il sera nommé dans plusieurs hautes fonctions de haute responsabilité notamment de ministre de la Communication.
Dans la soirée du 24 décembre 2010, nous assistons à Camayenn chez Diouldé à une vive colère des éléments de la garde du Général Sekouba Konate décidés à défier le Président Alpha Condé, fraîchement investi, pour son refus de laisser partir de Conakry, l’ancien ministre secrétaire général, Tibou Kamara qui a passé service dans la journée avec son successeur François Lonseny Fall. Sur place, nous apprenons que le Chef d’état major encore en poste, y Thiam a déclaré n’obéir qu’à l’ancien Président de la Transition, le Général Sekouba Konate.
La tension est si vive et les propos de menace si forts que mon compagnon Rachid Ndiaye, apeuré, disparaît sans que je me rende compte.
Le lendemain, il m’appelle et m’annonce que Nouhou Thiam sera limogé. J’ai compris qu’il était allé directement allé raconter la scène au Président Alpha Condé. Effectivement, dans la soirée de ce 25 décembre 2010, le Général Nouhou Thiam ( qui n’a pas été intelligent en clamant ne se soumettre qu’à un Président à déjà plus de 6000 kilomètres de Conakry ) est limogé et entame une descente aux enfers jusqu’à sa mort, le 17 mai 2020.
C’est Rachid Ndiaye que le nouveau Président charge aussi de faire savoir à son ami Malick Sankhon qu’il sera pas nommé dans les fonctions de directeur du protocole, rôle dans lequel il s’était improvisé et semblait se plaire, mais de proposer 3 directions. Alpha Condé retient la Caisse Nationale de Sécurité Sociale pour l’ancien va-t-en-guerre du régime Conté.
Mais, pour Rachid Ndiaye, le ménage avec son mentor n’a pas toujours été facile.
En route pour Ménilmontant chez mon ami et frère Mamadou Saliou Pele Camara, lors d’un passage à Paris en 2014, ma surprise est grande de croiser Rachid Ndiaye quelque peu stressé au carrefour Père Lachaise. Tout heureux de me revoir, il m’invite à son appartement à quelques mètres de la où il me raconta ses difficultés professionnelles et ses ennuis avec le Président Alpha Condé l’obligeant à prendre ses distances et se retirer à Paris. Une forme de démission.
Il revient quelques temps après cette disgrâce suite à la méditation de certains amis du Président Alpha Condé dont Albert Bourgi probablement.
Parallèlement à toutes les fonctions qu’il a occupées, il a continué à animer MATALANA avec la collaboration de Aboubacar Sakho qui était là depuis le début, Abdoulaye Sankara Abou Maco ou Amara Naby Camara.
Dans la nuit du 04 septembre 2021, dernier jour du pouvoir qui l’a ramené en Guinée, il quitte Conakry, avec un Décret du Président Alpha Condé le nommant représentant de la Guinée à l’UNESCO, pour Paris où il arrive le 05 septembre 2021, premier jour d’un nouvel exil, malheureusement, sans retour finalement avec ce décès survenu ce mercredi 03 juin 2026 suite à une fatale crise cardiaque elle-même conséquence d’une accumulation de stress et de désespérance.
L’histoire retiendra Rachid Ndiaye comme une grande figure de la presse Guinéenne et internationale.
VEUILLE ALLAH, NOTRE CRÉATEUR, t’accepter dans son éternel Paradis. Amen
PAR ABDOULAYE CONDÉ