Après un long moment de silence, je ressurgis sur la scène avec ces quelques phrases d’analyse politique, principalement pour aborder le concept de politique dans sa acception la plus large. Originaire du grec : politik, dérivé de polis (cité) : «ce qui concerne les citoyens d’un État». La politique est habituellement définie comme l’art de gouverner ou d’administrer le bien commun. Le terme peut également être utilisé au masculin pour désigner le domaine d’action, l’objet d’étude de ce qui touche à la politique, distinct du social, qui est l’objet de la sociologie.
Selon Léo Strauss, la philosophie politique se distingue par le fait qu’elle n’est pas une branche de la philosophie, et que ceux qui analysent les pensées philosophiques n’ont pas d’obligation de loyauté envers leur propre cité (car si c’était le cas, leurs discours seraient biaisés ou idéologiques). Dans l’Antiquité, il était généralement considéré que la question centrale de la philosophie politique était celle du meilleur régime possible ; à la Renaissance, avec Machiavel, elle était axée sur l’acquisition et la préservation du pouvoir ; et, après les Lumières et l’avènement de la Démocratie, sur le possible règne du droit.
Cependant, l’expérience du totalitarisme au XXe siècle a conduit des penseurs de la politique, comme Hannah Arendt, à réévaluer les principes qui sous-tendent une bonne gestion de la cité. Elle soulève comme problématique essentielle cette phrase que nous analyserons dans cette chronique : «Si nous n’étions pas engagés par des promesses, nous ne parviendrions pas à maintenir nos identités».
La politique constitue une activité incontournable dans la gestion d’une société. Elle englobe généralement l’administration des affaires publiques et la prise de décisions susceptibles d’améliorer la vie des citoyens.
La politique permet l’organisation collective, la garantie des droits et libertés de chacun ainsi que le développement du pays. Grâce à la politique, il est
possible d’établir des lois qui régissent la société, qui limitent les abus (comme les atteintes aux libertés et aux droits fondamentaux de l’homme) et qui orchestrent les services publics à partir de projets répondant aux besoins de la population.
Cependant, lorsque des promesses restent non tenues lors des campagnes électorales de la part des politiques envers les citoyens, cela peut engendrer des conflits et des inégalités. Quand les dirigeants politiques ne se préoccupent pas du bien commun des citoyens, cela peut générer des injustices et entraîner une perte de confiance des citoyens vis-à-vis des politiques. Il est donc crucial que la politique soit exercée avec intégrité, et que le respect des engagements pris à travers des promesses soit observé scrupuleusement.
Elle doit être dédiée au service des citoyens et non à des intérêts personnels. Hannah Arendt affirme que si cette phase de promesses n’existait pas entre les citoyens et les politiques en charge, il serait impossible de renouer le dialogue et de restaurer un climat de confiance. Lors d’une élection ou à l’approche d’un événement électoral, les politiques se réfèrent à des visites sur le terrain. En quelques jours, la cité est submergée de promesses. Souvent, celles-ci ne peuvent pas être réalisées pour diverses raisons, que ce soit un manque de ressources ou d’autres difficultés.
La promesse faite et la non-tenue de celle-ci engendrent une dynamique de lien de la part des citoyens, envers les politiques, dans l’espoir que ceux-ci reviendront un jour solliciter leur voix. Ces liens se matérialisent soit par le soutien d’un candidat en fonction de son programme, soit par d’autres motifs, quels qu’ils soient.
Toutefois, dans ce processus, l’intégrité et la dignité du politique sont mises en question. Dans ce marché politique où des relations se tissent entre citoyens et politiques, le lien est sacré. Ce lien, ainsi que la capacité de dynamiser ce marché politique, est facilité par la nature des promesses.
Qu’est-ce qui incite les hommes politiques à revenir vers les citoyens ? Soit par leur mandat, comme aux États-Unis, le candidat au pouvoir est contraint par des obligations constitutionnelles de revenir s’expliquer devant ses électeurs concernant ses actes des deux premières années. En Europe, particulièrement en France, les élus, pour être en contact avec les citoyens, ont instauré un système de rendez-vous dans les mairies ainsi qu’un calendrier de visites des élus (maires, députés et sénateurs) dans les quartiers chaque mois. Au cours de ces permanences, les citoyens viennent exprimer leurs mécontentements ou demander de l’aide et des accompagnements pour leurs projets respectifs. Des moments de communion préélectorale sont ainsi instaurés, où le candidat peut s’expliquer librement, bien que l’approche électorale impose des contraintes.
Généralement, dans les grandes démocraties, les élus s’efforcent de répondre aux sollicitations des citoyens suite aux promesses, une manière de maintenir le lien et d’assurer leur identité en tant qu’hommes politiques, où s’entrelacent deux identités : celle du citoyen et celle de l’homme public politique. L’identité du citoyen porteur de pouvoir et celle des politiques qui viennent solliciter les voix citoyennes à travers des promesses parfois irréalisables. Ces faits occasionnels de la démocratie moderne instaurent un processus électoral dans nos sociétés qui stipule qu’à chaque fois, le politique doit rendre des comptes à un certain nombre de personnes clés dans la démocratie, simplement parce qu’elles détiennent le pouvoir politique.
L’obtention et la préservation du pouvoir, après le «siècle des Lumières» et l’avènement de la démocratie, qui constituent la «possibilité de règne du droit», ont profondément transformé nos sociétés contemporaines.
En effet, l’acquisition et la préservation du pouvoir seront déterminées par la gestion de la cité, afin d’éviter des conflits et des crises politiques qui sécularisent nos sociétés. Ces occurrences qui induisent souvent les gestionnaires de la cité en erreur résultent de l’avènement de la société de consommation et du communautarisme, ainsi que l’intensification de l’individualisme, qui caractérisent certains régimes politiques en Afrique, à travers un système établi au sommet de l’État, ce qui suscite aujourd’hui une désaffection envers la gestion des affaires publiques et entraîne de «nouvelles interrogations chez les philosophes du politique». Cette analyse semble correspondre à la situation actuelle de la société guinéenne sur le plan politique. En Guinée, la conquête du pouvoir et sa conservation reposent sur la propagande ethnique communautarisée, soumise à l’individualisme et sa balkanisation.
En Guinée, il est nécessaire de partager la même ethnie que celle qui détient le pouvoir et d’organiser des danses pour être identifié et considéré comme un bon citoyen. Cette manière de faire de la politique en Guinée nuit aux démarches citoyennes et suscite de nombreuses interrogations, rendant difficile aujourd’hui l’identification politique et idéologique à travers un parti qui désigne souvent un ou plusieurs candidats à une élection politique pour accéder au pouvoir. Un bon politique doit avoir un projet contenant des propositions, écouter les citoyens, encourager le dialogue, et œuvrer pour un avenir meilleur pour la cité. En faisant cela, la politique joue un rôle crucial dans la construction d’une société équitable et stable, exempte de toute démagogie et propagande.
Une réflexion de Monsieur Touré Fodé Abass
Président du Parti LES DEMOCRATES depuis Paris